Les fourmis

                                          

                                         

             

            

         

                         BD. La guerre des fourmis

  Par Mathieu Ughetti, illustrateur-graphiste, chargé de cours en PAO, Université Paris Nanterre –

Université Paris Lumières et Franck Courchamp, directeur de recherche CNRS, Université Paris Sud

– Université Paris-Saclay

, découvrez en bande dessinée le monde extraordinaire des fourmis. Et plus particulièrement

, les fourmis dites « envahissantes ». En France, il y en a deux espèces, surtout dans le sud du pays.

Mais faisons d’abord connaissance avec ces minuscules insectes et leurs folles capacités.

Parmi les 12 000 espèces de fourmis recensées à ce jour, certaines intéressent tout particulièrement

les chercheurs. Qualifiées d’« envahissantes », ces fourmis se révèlent très agressives et compétitives.

Lorsqu’elles sont introduites sur un territoire (à la faveur des échanges aériens ou maritimes du

transport international), elles peuvent ainsi représenter une menace sérieuse pour la biodiversité,

l’agriculture, les infrastructures ou la santé. En France, deux espèces de fourmis envahissantes ont

déjà été repérées dans le sud du pays.

Le scientifique Franck Courchamp et l’illustrateur Mathieu Ughetti se sont associés pour créer la

bande dessinée La guerre des fourmis qui plonge le lecteur dans ce monde méconnu au fil de six

épisodes aussi haletants qu’instructifs.

                                    Episode 1 Les fourmis: des animaux prodigieux

                                  2 Les fourmis ;Espèces envahissantes et superpouvoirs

                     Episode 3 Les fourmis:La recherche de nourriture ,différentes    stratégies

                                  4 Les fourmis:Supercolonie et conquête de territoire

                      Episode 5 Les fourmis:Réchauffement climatique et invasions

                                   6 Les fourmis:Les combats.Qui sortira vainqueur?

                      Supplément:Congés de maladie!

              

         

            Les fourmis ont inventé le congé maladie

                              bien avant l’homme

Par Bruno Alvarez

              Description : https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/39068/NextGenData/Image-1024-1024-8275755.jpg?t=%2254d8bdd4faed8a8a713c4ecd6ecef50fgzip%22

Confrontées à un microbe ou un agent pathogène, les fourmis ont l’intelligence de modifier leur comportement pour éviter

les risques de contagion. Collectivement, elles sont mêmes capables de protéger les individus les plus précieux. C’est en

tout cas ce qu’a démontré une étude scientifique suisse. Explications de Laurent Keller, auteur principal de ces recherches.

Les fourmis sont loin d’être bêtes. L’organisation sociale d’une colonie est tellement avancée que confrontée à un danger,

elle est capable de s’adapter.

Concrètement, lorsque les fourmis entrent en contact avec un champignon pathogène, elles sont capables de modifier leur

comportement afin d’éviter tout risque d’épidémie ou de contagion. C’est ce qu’ont découvert des biologistes du

Département d’écologie et évolution de l’Université de Lausanne (Unil). Leurs résultats ont été publiés dans la revue Science.

Les malades s’isolent

« Nous avons constaté que les fourmis changent leurs méthodes d’interaction », explique Laurent Keller, auteur principal

de l’étude. Ce biologiste est myrmécologue, spécialiste des fourmis. Il précise : « Celles qui sont malades s’isolent pour ne

pas transmettre le parasite et les autres vont faire des sous-groupes dans la colonie pour protéger la reine et le couvain

(ensemble d’œufs, de larves et de nymphes, N.D.L.R.) où se trouvent les petits dans le nid. On sait que les fourmis ont la

capacité de sentir les odeurs. Elles détectent ainsi le champignon et s’en protègent. En tout cas, collectivement, elles

s’organisent pour éviter une éventuelle contagion. Elles évitent au maximum les contacts entre elles. »

Les fourmis sont organisées

Pour mener à bien cette recherche, les scientifiques ont analysé les déplacements de quelque 2 200 fourmis noires des jardins,

espèce courante en Europe, réparties en une vingtaine de colonies dans les laboratoires de l’Université. Chaque insecte a été

équipé d’un marqueur, un QR Code en l’occurrence, permettant de l’identifier visuellement. Des photos, prises par des caméras

infrarouges toutes les demi-secondes, ont permis de mesurer très précisément les déplacements de chaque individu. Un vrai

travail de fourmis, en somme.

                        Description : https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/39068/NextGenData/Image-1024-1024-8275756.jpg?t=%2254d8bdd4faed8a8a713c4ecd6ecef50fgzip%22

Pour l’étude, des QR code ont été installés sur chaque fourmi pour mesurer ses déplacements. (Photo : Université de

Lausanne/Tim Brütsch, DEE)

« Les fourmis n’interagissent pas de manière aléatoire avec leurs congénères mais sont organisées en groupes de travail,

en fonction de leur âge et des tâches à accomplir, explique le biologiste. Ainsi, les jeunes ouvrières dites nourrices qui

veillent sur les larves restent confinées à l’intérieur de la colonie et n’ont que peu de contacts avec leurs aînées dites

fourragères, qui sortent chercher de la nourriture. Une fourragère infectée s’isole ainsi spontanément. Elle passe davantage

de temps à l’extérieur de la colonie et réduit ses déplacements une fois à l’intérieur. Plus étonnant, les fourragères saines

font de même. Quant aux nourrices, elles déplacent le couvain plus profondément dans le nid pour le mettre en sécurité. »

Le chercheur a notamment observé que les fourmis protègent les individus les plus précieux parmi elles : la reine et les plus

jeunes.

L’étude est la première à démontrer qu’une communauté animale est capable de modifier activement son organisation pour

réduire

la propagation de maladies. L’idée s’apparente aux congés maladie des humains. Elle montre que rester chez soi, en tout cas

s’isoler

lorsqu’on est malade, est la meilleure chose à faire pour éviter les épidémies. Les fourmis l’ont compris depuis longtemps.

« Chez

les fourmis, chaque individu optimise son comportement en suivant des règles pour maximiser l’efficacité de la colonie.

C’est valable pour aller chercher la nourriture, la stocker, s’adapter à l’environnement », confirme le chercheur.

Leur capacité à faire face collectivement à un problème peut-elle inspirer les humains ?

« Dans une certaine mesure, oui, estimeLaurent Keller

. Les fourmis ont un système social, une régulation efficace, un mécanisme de

défense développé,qui fonctionne depuis cent millions d’années alors que nous, cela ne

fait que quelques centaines d’années. »